Découvrez le château de Champdor à travers du projet de la maison du Patou.
LA MAISON DU PATOU

Le château de Champdor

Visite des exterieurs uniquement. Château de 14 pièces construit en 1743. Tours massives, écuries et dépendances. Pigeonnier et méridiennes dans le parc. Expositions en été (peinture/sculpture)

Il appartient aujourd'hui à la commune.
Exposition peinture - sculpture toute les années en Juillet - Août.

 

LE CHÂTEAU DE CHAMPDOR par Edith Bobillon

Article paru dans Les Cahiers du Dreffia n° 12, mars 1997

 
     C'est Guy de Montillet, né aux environs de 1662, mort en 1730, qui mit en chantier, au début du XVIIIe siècle, le château de Champdor. Les Montillet habitaient Champdor depuis au moins le XVe siècle puisqu'un acte notarié de 1443 a été dressé dans la maison de Jacob Montillet et qu'en 1513 deux ascendants des Montillet (d'Hozier) font acte de partage d'une maison au dit lieu de Champdor.

   Quand Emmanuel Montillet épousa, en 1629, demoiselle Catherine de Michaud qui lui apportait la baronnie de Champdor, on peut supposer qu'ils habitèrent l'ancienne maison forte, actuellement maison Drecq. Emmanuel mourut en 1637 et sa veuve épousa Thomas de Baptendier en 1643. Elle lui légua par testament la maison dont elle avait joui et qu'elle s'était expressément réservée lors de la cession, en 1675, à son fils Bertrand de Montillet, de la seigneurie de Champdor. Thomas de Baptendier vendit cette maison en 1693 aux frères T. et C. Rivat ; l'acte précise : "qui en jouiront comme en a joui Catherine de Michaud mon épouse", ce qui nous éclaire.

 

   Bertrand, né en 1631, épousa en 1660 Barbe Anthelme de Rosetaing. Ils eurent dix enfants et possédaient, selon un factum de 1687, une maison seigneuriale jouxtant un pré appelé "La sauge" peuplé d'arbres. Cette maison pourrait être celle que l'on appelle actuellement la ferme. La cure, elle aussi, a appartenu aux Montillet. Elle aussi jouxte "La sauge" mais ils la qualifiaient de "petite maison" et elle a peu de dégagements.

   

    Leur fils aîné, Guy, épousa en 1695 demoiselle Hippolite de Révol. C'est par elle que la parenté de cousinage se forma avec les maisons de France, d'Espagne et de Savoie (Médicis) et que cette famille accéda "à la fortune et aux honneurs". Il fallait une demeure en rapport avec cette ascension : ce fut ce château de quatorze pièces, flanqué de quatre tourelles d'angle. Ni l'un, ni l'autre n'en verront l'achèvement : Hippolite mourut après avoir donné naissance à cinq enfants dont Jean François Montillet de Grenaud, né à Champdor en 1702, archevêque d'Auch, et Pierre, grand bailli d'épée du Bugey, tous deux fort riches par héritage, entre autres, des Grenaud.

    Guy, remarié en 1715 à dame Gasparde de Varay, mourra en 1730 ; c'est de cette union que naîtra Thomas, premier du nom, qui reprendra Champdor et achèvera la construction du château vers 1743. Il fera lui aussi un riche mariage en 1739 avec une héritière dijonnaise, Marguerite Quarré de Livron. Le château devait être agréable et confortable, surtout l'été, puisque quatre de leurs neuf enfants y sont nés.

 

    L'aîné, Thomas, deuxième du nom (1740), se maria tardivement à Anne de Suremain et, particulièrement aisé, confia, pense-t-on, le château aux châtelains pour s'en aller résider à Dijon où il possédait un hôtel somptueusement meublé, orné de tableaux de maîtres italiens issus de divers héritages. Le couple n'eut qu'un fils, Théodore, qui naquit en 1798.

    Le second, Claude Christine (1741), épousa Marie Françoise d'Angeville en la chapelle du château de Lompnes en 1770. Leur fils Thomas, troisième du nom (1773), épousa en 1806 demoiselle Adélaïde Durozier de Magnieu. C'est à lui qu'incombera le soin de réparer les dégâts, relativement minimes, causés au château par la Révolution française. Il refera les toits des tourelles mais ne rétablit pas les constructions qui étaient à l'ouest. Il ne remit pas davantage en eau les douves comblées. Il résida à Champdor dont il devint le maire en 1816, fit reconstruire le clocher dès 1823 et s'occupa des nombreux procès qu'il soutint contre sa famille, les communes de Corcelles, de Champdor et de Brénod.

   Il prit comme secrétaire personnel frère Gabriel Taborin, fondateur des "Frères de la Sainte Famille". Celui-ci, contrarié dans sa vocation d'enseignant par la Révolution de juillet 1830, avait trouvé refuge au château de Champdor. La vie y était douillette, mais le caractère du baron plutôt ombrageux. Malgré les offres séduisantes qui lui étaient faites, frère Gabriel ne resta qu'environ deux ans à son poste de secrétaire.

 

   Sans descendant direct, le baron testa en faveur de son cousin germain Théodore en 1838. Le baron Théodore, malgré la Révolution, semble avoir conservé la fortune de sa famille dijonnaise. Quittant son hôtel du 3 rue Buffon à Dijon, il semble avoir passé les étés à Champdor dont il fut maire en 1848.

   Dès 1846, il "mit en construction" la tour carrée en pierre qui flanque le château au nord. Chacun des six étages forme une pièce, les deux derniers étant réservés pour une très grosse horloge "ayant cloche et poids de fonction comme église". Le cadran, face à la rue, est encore visible sur les anciennes cartes postales. Cette horloge devait "donner l'heure à la région". Elle avait, en effet, l'heure exacte réglée sur le gnomon ou méridienne qu'il avait fait ériger à quelque distance, au nord de la tour, et qui donne le midi solaire. C'est une fantaisie sympathique qui aurait pu être évitée : on aurait pu, en effet, s'en référer à l'horloge du clocher qui était déjà en place avant la Révolution. Mais le baron, qui était sans descendance, voulait laisser sa trace et construire ; au dire de ses neveux, bâtir était une passion poussée au point d'y sacrifier ses tapisseries d'Aubusson comme "couverture de maçonnerie", c'est-à-dire qu'il les utilisait pour protéger le mortier frais des ardeurs du soleil.

   Quant à la tour, terminée en 1851, elle fut perçue par certains, et des plus modérés, tel que Guillot Berthinan, comme une "réminiscence de l'odieux régime féodal" et, les idées révolutionnaires de 1848 aidant, le château fut la proie de deux incendies volontaires :

– en 1850, le feu mis dans les combles des communs situés au sud, sous l'influence d'un fort vent du midi, embrasa la toiture en tavaillons du château qui n'était distant que de vingt-cinq pas. Le feu détruisit la charpente, mais s'arrêta aux combles couverts d'un "bon terrement". Le mobilier, qu'on voulut enlever des appartements, subit de grands dégâts.
– le deuxième incendie, en 1851, ne détruisit que le toit de la même ferme. Toutes ces toitures furent refaites en ardoises clouées, les premières au village. C'est peut-être à la suite de ces événements que le baron fit graver une plaque de marbre que des gens dignes de foi ont vu dans son bureau occupant le premier étage de la tour. Elle relatait la date de construction et sa justification : aider les gens du village en leur donnant du travail. C'étaient, en effet, des années difficiles (732 habitants et des conditions climatiques catastrophiques pour certaines années).  De cette plaque, déposée après la guerre de 1914, ont fit quatre parties : deux pour y inscrire les noms des morts à la guerre, une en mémoire de l'archevêque d'Auch, l'autre de Monsieur Guillot, bienfaiteur de l'église où ces plaques ont été recelées.

   

    Le rez-de-chaussée de la tour devint la cuisine reliée au château par un large passage couvert éclairé par deux lucarnes. C'est vers 1905 qu'on perça la fenêtre actuelle et qu'on utilisa cet espace comme salle à manger ordinaire.

      Le baron Théodore mourut à Dijon en 1881 et fut enterré à Chevigny auprès de sa première épouse. Sa deuxième femme, une petite cousine, Euphémie Montillet de Grenaud, fut sa légataire universelle. Elle invitait son frère Anthelme et ses neveux à passer avec elle l'été au château. C'est grâce à ces derniers qu'on a connaissance des archives trouvées, non classées, au deuxième étage de la tour.

    A la mort de la baronne, en 1891, Champdor fut attribué à l'un de ses neveux, Xavier Montillet de Grenaud qui, étant administrateur de l'Enregistrement des Domaines, semblait avoir capacité et goût pour gérer le domaine. Il vint habiter le château, avec femme et enfants, de juillet à novembre, gérant et exploitant lui-même la propriété laissée à l'abandon par sa tante, replaçant les bornes, reprenant les terres pour son troupeau. 

    Cela ne plut pas à tous ; il eut ennui sur ennui, procès sur procès et subit toutes sortes d'exactions : "son bétail revint aux écuries les queues coupées au ras des fesses". Difficulté aussi pour garder de la main d'œuvre en raison du développement des établissements de cure pour tuberculeux à Hauteville.

    Découragé, en 1911 il vendit tout en bloc à des marchands de biens qui mirent les prés et le château aux enchères publiques. Le hasard de ces enchères fit que le château fut acheté par le régisseur, Monsieur Garin, associé à son collègue du château d'Angeville. Ils le revendirent à Monsieur Chasselet qui, attiré par la réputation d'Hauteville, station de cure en plein essor, voulait faire soigner là sa fille tuberculeuse.

 

  Pendant la guerre de 1914, le château, comme celui d'Angeville, fut réquisitionné et la tour trouva une autre fonction plus noble : elle devint tour de guet et deux des quatre guetteurs restèrent au village et s'y marièrent. Vers la fin de la guerre, en 1916, on vendit la cloche de l'horloge. Le jardinier s'occupa du château jusqu'à son achat, en 1920, par la famille Brossette, industriels lyonnais dans les métaux non ferreux. Monsieur Brossette y mourut. Ses nombreux enfants, puis les petits enfants, passaient là leurs vacances et, après la Libération de 1945, s'en désintéressèrent. Madame Brossette loua à une colonie de vacances, tout en cherchant à vendre ; en 1949, elle fit affaire avec la Mutuelle des employés de la ville de Marseille qui n'en profitèrent que peu de temps puisqu'elle remit en vente dès 1953.

   

     Une congrégation religieuse, en 1954, était en pourparlers pour y installer un collège d'altitude, lorsque le docteur Le Tacon l'acheta en 1955. Il voulait une grande maison pour recevoir et une ferme afin d'essayer un élevage de visons. Le château répondait à ces critères.

    Il habitera avec sa femme, née Luce Prothon de la Chapelle, jusqu'à sa mort en 1992. Mis en vente par les héritiers, il vient d'être acheté, en 1995, sur préemption, par la commune de Champdor.

 

   Cet historique rapide du château et de ses habitants laisse beaucoup de zones d'ombre. Les passionnés qui voudront en savoir davantage sur l'histoire si imbriquée du château et du village qui couvre cinq siècles, trouveront aux Archives départementales de l'Ain, pour satisfaire leur curiosité, les liasses de documents cédés par le dernier de la "branche Champdor" des Montillet.

 

Sources :
– Xavier de Montillet de Grenaud : "Monographie des Montillet".
– "Factum pour dame Barbe Rostain, dame de Champdor, intimés et défendeurs", par MM. Le Balud, rapporteur et Varenne, conseil.
– Délibérations municipales de Champdor.
– Témoignages et documents divers.
– Archives de l'Ain. "Audience à la Cour d'Assises de l'Ain au sujet de l'incendie du château dans la nuit du 21 au 22 mai 1850".

 

L'ARCHITECTURE ET LES ABORDS DU CHÂTEAU

    Sa masse imposante, qu'allègent quatre tours d'angle et sa haute tour dominant tout le village, le désigne d'emblée au visiteur. La château de Champdor, achevé en 1743, n'a jamais subi la moindre altération venant modifier son cachet. Habité hier encore par une famille, il est devenu propriété communale en 1995.

 

  La tour, ajoutée en 1851, assure l'originalité de l'ensemble architectural et lui confère un aspect ludique grâce au chemin de ronde qui ceinture son dernier étage. L'observatoire, qui termine l'édifice, offre un point de vue exceptionnel sur l'ensemble de la région. La façade du château est restée intacte grâce au parement de pierre blanche de Champdor, dont la qualité est reconnue dans le monde entier.

 

  Situé au milieu d'un parc de 16 000m², entouré d'un solide mur de clôture en pierre, il s'ouvre au couchant sur une grande allée bordée d'arbres centenaires dont la contemplation invite à la rêverie.

 

  Côté levant, le château est solidement gardé par une haute et élégante grille de fer forgé qui maintient la transparence du regard vers l'entrée principale. De ce même côté, se trouvent les dépendances et les écuries et, plus loin, l'ancien four banal. Les dépendances sont constituées d'un solide corps de ferme aux murs épais qui remplirait d'aise maints amateurs de vieilles gentilhommières à restaurer.

 

  Le château comporte un pigeonnier de facture assez classique, mais dont l'intérêt reste celui d'avoir été autorisé par privilège royal. A proximité nord de la tour, on découvrira enfin la méridienne qui donne le midi solaire.

 

      A l'intérieur, le chateau comporte un rez-de-parc, deux étages et de vastes combles non-aménagés.

    Le rez-de-parc, dont on peut voir le plan ci-dessous, est composé de grandes pièces dont un vaste hall d'entrée, un séjour de 48 m² exposé sud-est, un salon, un bureau et une chambre.

     Les deux étages sont construits sur le modèle du rez-de-parc. Seul, le cloisonnement intérieur diffère. Le premier étage comporte, en effet, un bureau, six chambres et trois salles de bains, tandis que le second étage est composé de dix chambres et quatre toilettes. Les étages ont été divisés en chambres de dimensions variables, allant de 9 à 30 m². Chacune présente un cachet particulier et laisse filtrer une lumière qui lui est propre. On  peut admirer de beaux parquets de chêne dans plusieurs d'entre elles.

     La tour haute de 35 mètres, se divise en six niveaux d'une trentaine de mètres carrés chacun.

       La ferme, habitée jusqu'au début du siècle, est à deux niveaux. Le premier est occupé par quatre caves, un garage et plusieurs locaux techniques. Le second comporte quatre grandes salles.